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05/2025: Spotlight avec Christine Lagarde

Le rôle de l’Europe dans un monde fragmenté

Dans un discours prononcé à la Hertie School à l’invitation du Centre Jacques Delors, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a présenté une vision convaincante du leadership économique et financier de l’Europe dans un contexte de fragmentation mondiale croissante.

L’événement Spotlight du 26 mai, intitulé « Le rôle de l’Europe dans un monde fragmenté », a fait salle comble à l’Auditorium Friedrichstraße et a été suivi en direct par de nombreuses personnes en ligne. Cornelia Woll, présidente de la Hertie School, a ouvert l’événement en rendant hommage à Henrik Enderlein à l’occasion du quatrième anniversaire de son décès, le 27 mai. Elle a salué son héritage avant de réfléchir à la fragmentation qui façonne actuellement la politique mondiale.

Dans son discours très attendu, Christine Lagarde a décrit comment le système économique d’après-guerre, fondé sur l’ouverture et le multilatéralisme sous la houlette des États-Unis, est aujourd’hui sous pression. La fragmentation et la logique du tout ou rien remplacent la coopération, suscitant des questions quant à la domination future du dollar américain.

Elle a relevé que ces changements mondiaux font peser des risques évidents sur l’Europe, dont l’économie est étroitement intégrée au commerce mondial. Mais elle a également souligné que cette incertitude créait une opportunité : avec la bonne stratégie, l’euro pourrait devenir une monnaie internationale plus forte, contribuant à réduire les coûts d’emprunt, à protéger l’Europe des chocs liés aux taux de change et à renforcer sa résilience géopolitique.

Trois fondements pour un euro plus fort

La présidente de la Banque centrale européenne a présenté trois piliers essentiels que l’Europe doit renforcer pour consolider le rôle international de l’euro : la crédibilité géopolitique, la compétitivité économique et la solidité juridique et institutionnelle.

Selon elle, une base géopolitique crédible nécessite plus que de simples relations commerciales solides : elle exige également des alliances sécuritaires fortes. Mme Lagarde a fait remarquer que, bien que l’Europe soit un acteur majeur du commerce mondial et dispose du plus grand réseau d’accords commerciaux, cela ne suffit pas à combler l’écart entre le rôle de l’euro dans le commerce et son statut de monnaie de réserve. Établi un parallèle avec la domination du dollar américain, elle a fait valoir que la crédibilité dans la finance mondiale est étroitement liée à la puissance militaire d’un pays et à sa fiabilité en tant que partenaire de sécurité. L’Europe doit poursuivre ses récents efforts pour reconstruire sa puissance militaire et approfondir sa coopération en matière de défense et devenir un acteur mondial plus fiable et plus résilient.

Dans le même temps, une base économique solide est essentielle pour soutenir la demande d’actifs libellés en euros. Mme Lagarde a décrit le potentiel d’un cycle vertueux, dans lequel une croissance plus forte attire davantage d’investissements, l’approfondissement des marchés des capitaux alimente la poursuite de l’expansion et l’euro devient plus attractif à l’échelle mondiale. Malgré une situation budgétaire solide, l’UE dispose de marchés des capitaux sous-développés et d’une pénurie d’« actifs sûrs » pour les investisseurs mondiaux par rapport aux États-Unis. C’est pourquoi elle a appelé à une action décisive pour achever le marché unique, soutenir les secteurs à forte croissance et construire une véritable union de l’épargne et de l’investissement. En outre, les industries stratégiques et les biens publics européens tels que la défense devraient être soutenus au niveau de l’UE plutôt que par des approches nationales fragmentées qui limitent leur efficacité.

Enfin, la présidente de la BCE a estimé qu’une base juridique et institutionnelle solide était essentielle pour soutenir la confiance des investisseurs dans la valeur à long terme d’une monnaie. Mme Lagarde a souligné la crédibilité de l’euro, qui repose sur des institutions solides et indépendantes telles que la BCE, ainsi que l’engagement de l’UE en faveur de l’État de droit et d’une élaboration prévisible des politiques. Elle a toutefois averti que la capacité de l’Europe à résister aux pressions extérieures et à défendre ces principes dépendait de son unité politique. Des réformes telles que l’extension du vote à la majorité qualifiée dans des domaines clés pourraient permettre une action plus décisive et contribuer à préserver la stabilité institutionnelle qui fait de l’euro une monnaie mondiale fiable.

Un appel à l’action

Mme Lagarde a conclu en exhortant les décideurs politiques européens à agir avec urgence et ambition, soulignant que le statut de monnaie mondiale ne s’acquiert pas automatiquement, mais se gagne par des choix politiques crédibles et stratégiques. Pour reprendre ses mots : « En cette période de changement, l’Europe a une occasion unique de prendre davantage le contrôle de son destin. Mais ce privilège ne nous sera pas simplement accordé. Nous devons le mériter. » Citant l’économiste Robert Triffin, elle a rappelé à l’auditoire que la force d’une monnaie de réserve dépend des décisions des pays qui la soutiennent.

À la suite de ce discours, Johannes Lindner a invité Mme Lagarde à développer ses principaux points lors d’une discussion, qui a été suivie d’une séance de questions-réponses avec le public. Plusieurs étudiants de la Hertie School ont profité de l’occasion pour interroger la présidente de la BCE sur le mandat de la banque centrale, la nouvelle politique du gouvernement américain et la fragmentation des marchés de capitaux dans l’UE, entre autres sujets.

Vous pouvez visionner l’enregistrement de l’événement ci-dessous :

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